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Douze jours au Campus Univers Cascades

Douze jours est l'unité de mesure de la formation à la cascade en France. Ce que ça fait à un corps, ce que regardent les sélectionneurs, et ce que ça ne donne pas.

Quand on cherche « stage de cascade » en français, on tombe sur des pages qui vendent une journée d'anniversaire et sur des pages d'orientation qui listent des débouchés. Entre les deux, il y a une chose concrète que peu de gens décrivent : le stage de douze jours, qui est l'unité de mesure réelle de la formation à la cascade en France.

Je l'ai fait en août 2024, au Campus Univers Cascades, un an après y avoir découvert le métier sur un summer camp de cinq jours. Voici ce que c'est.

Où c'est

Le Campus Univers Cascades a ouvert le 12 avril 2009 à Bias, dans le Lot-et-Garonne, et s'est installé en juin 2017 au Cateau-Cambrésis, dans les Hauts-de-France. C'est un site fermé avec hébergement et restauration sur place, d'une capacité d'environ quatre-vingts élèves, et il est régulièrement décrit comme le plus grand centre de formation à la cascade au monde.

Ce n'est pas un détail d'ambiance. Le fait de dormir sur place change la nature du stage : il n'y a pas de trajet, pas de vie parallèle, pas de soirée qui coupe la journée en deux. Vous êtes là douze jours et vous ne faites que ça.

Le format, en clair

Deux formules coexistent et il vaut mieux ne pas les confondre.

  • Le stage découverte : douze jours. On y touche à l'essentiel des disciplines, on découvre l'intensité réelle du travail, et on repart en sachant si l'on veut continuer. C'est la porte d'entrée.
  • Le cursus professionnel : dix stages de douze jours répartis sur deux ans, à raison de cinq stages par an, environ quatre cents heures. Les stages tombent tous les deux mois.

Ces chiffres sont publiés par l'école. Ils méritent d'être lus deux fois avant de s'inscrire, parce qu'ils décrivent surtout une contrainte : douze jours d'absence tous les deux mois pendant deux ans, ce n'est compatible ni avec des études à temps plein ni avec la plupart des emplois.

Ce que douze jours font à un corps

Le premier stage se déroule à peu près toujours de la même façon.

Les trois premiers jours, on est enthousiaste et mauvais. Le corps encaisse, on apprend du vocabulaire, on se croit fatiguée alors qu'on ne l'est pas encore. Du quatrième au huitième jour, tout fait mal en même temps, y compris des endroits dont on ignorait l'existence, et c'est là que se joue le stage : ce qu'on apprend à ce moment-là, c'est à travailler propre avec un corps qui ne coopère plus. Les derniers jours, quelque chose se remet en place et on exécute mieux qu'au début, avec beaucoup moins d'énergie.

C'est précisément le but. Sur un tournage, la cascade n'arrive jamais au moment où vous êtes frais. Elle arrive à la fin d'une journée de douze heures, après trois annulations et un changement de plan. Le stage de douze jours reproduit cette fatigue, volontairement.

Ce qu'on y apprend et qui n'est pas de la cascade

Trois choses, et à mon avis ce sont les plus importantes.

Le vocabulaire. Un plateau ne s'arrête pas pour vous expliquer ce qu'est un réceptacle, un axe ou une chute d'essai. Douze jours suffisent à parler la langue.

L'obéissance à un coordinateur. Quand quelqu'un dit stop, on s'arrête, même au milieu d'un geste, même si on se sentait très bien. C'est contre-intuitif pour tous ceux qui viennent du sport de compétition, et c'est non négociable.

Dire non. On apprend à formuler un refus clairement, tôt, et sans se justifier pendant dix minutes. Une cascadeuse qui ne sait pas dire non est un problème pour l'équipe, pas une bonne élève.

Ce qu'on emporte

La liste est plus courte qu'on ne l'imagine, et deux lignes comptent plus que les autres.

  • Des vêtements de travail en quantité. Trois tenues ne suffisent pas. Tout est trempé tous les jours et rien ne sèche en douze jours.
  • De bonnes chaussures, deux paires, dont une qui tient la cheville.
  • De quoi soigner un corps : élastique de contention, poche de froid, crème, et l'antidouleur que vous connaissez. Personne ne finit un stage indemne, tout le monde finit un stage entier.
  • Un cahier. C'est la ligne que je défendrais contre toutes les autres. On reçoit en douze jours plus de vocabulaire, de repères et de consignes qu'on n'en retient, et le corps oublie moins vite que la mémoire.
  • Rien à prouver. Le stagiaire qui arrive avec quelque chose à démontrer se blesse le troisième jour.

La sélection

Je suis retournée au Campus en 2024 pour le stage de sélection du cursus long. Six candidats ont été retenus sur vingt.

Ce que je crois avoir compris de ce qu'ils regardent : pas la performance brute. Ils regardent la répétabilité, c'est-à-dire si votre geste est identique à la dixième prise, et ils regardent le comportement, c'est-à-dire si vous êtes quelqu'un avec qui on peut travailler sur un plateau à sept heures du matin. La personne la plus athlétique du groupe n'est pas nécessairement retenue.

Ce que le stage ne donne pas

Il ne donne pas de travail. Il ne donne pas de diplôme reconnu comme condition d'exercice, parce qu'aucun métier de la cascade ne fonctionne comme ça. Il ne donne pas non plus de carnet d'adresses tout fait.

Ce qu'il donne, c'est un niveau technique attesté par des gens que le milieu connaît, et des camarades de promotion. Dans mon cas, les engagements de cascade que j'ai obtenus ne venaient pas de l'école. Ils venaient tous de personnes rencontrées à l'école. La nuance est importante et elle change la façon dont on vit les douze jours.

Ce que j'ai fait entre les stages

Un stage tous les deux mois laisse beaucoup de temps vide, et ce temps est le vrai sujet.

J'ai commencé le taekwondo en décembre 2023, en club, entre deux sessions. Trois mois plus tard, je suis montée sur le tatami de la compétition nationale et j'en suis redescendue avec deux médailles d'or, en ceinture blanche. Je raconte ça sans fierté particulière : cela dit surtout que la préparation physique et la lecture d'un adversaire acquises ailleurs se transfèrent vite, et que les mois entre deux stages comptent autant que les stages.

Si vous hésitez

Faites le stage découverte avant d'imaginer le cursus. Douze jours coûtent moins cher qu'une erreur d'orientation de deux ans, et ils répondent honnêtement à la seule question qui compte : est-ce que vous aimez cette fatigue-là.

Sources : Campus Univers Cascades, formation de cascadeur · Campus Univers Cascades sur Wikipédia

Disponible pour tournage