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Se former à la cascade en Belgique : ce qui existe et ce qui n'existe pas

Des cours de cascade à Anderlecht, une société à Alost, et aucun cursus long. Pourquoi les cascadeurs belges finissent tous par prendre un train pour la France.

Je reçois la même question plusieurs fois par mois, presque toujours par message privé, presque toujours de quelqu'un qui a dix-sept ans : où est-ce qu'on apprend la cascade en Belgique ? La réponse courte, c'est qu'on en apprend une partie ici et qu'on va terminer ailleurs. La réponse longue tient en deux adresses, une frontière et beaucoup de trains.

Ce qui existe vraiment en Belgique

Deux structures comptent.

Jump It, à Anderlecht, a lancé les tout premiers cours de cascade du pays à la rentrée de septembre 2016, au centre sportif communal. La Libre titrait alors « La première école de cascade s'implante à Anderlecht ». On y travaille l'acrobatie, le combat scénique, le parkour et les chutes, en cours réguliers. C'est un entraînement hebdomadaire, pas un cursus diplômant, et pour un pays qui n'avait rien du tout, c'est déjà considérable.

Into Action, à Alost, existe depuis 2002. Ce n'est pas une école, c'est la société de cascade de référence en Belgique : coordination d'action, réglage de combat, chutes, feu, rigging, cascade automobile, location de matériel. Elle a été fondée par Olivier Bisback, sixième dan de taekwondo, devenu en 2004 le premier Belge diplômé de l'International Stuntschool de Seattle. Une société de cascade n'est pas une formation. C'est en revanche là que se trouve le travail, et c'est une distinction qu'il vaut mieux comprendre tôt.

À côté de ça, il y a des clubs d'arts martiaux, des salles de gym, des associations de parkour et des écoles de théâtre. Tout cela sert. Rien de tout cela n'est de la cascade.

Ce qui n'existe pas

Il n'y a pas, en Belgique, de cursus long qui vous forme au métier de bout en bout, avec des sessions étalées sur deux ans, des installations de chute, de l'eau, du feu, et des coordinateurs en activité qui vous suivent d'un stage à l'autre. Ce n'est pas une opinion, c'est ce que dit l'homme qui a ouvert les premiers cours du pays. Mathieu Vasquez, dit Mateo, administrateur de Jump It, expliquait à La Libre en 2016 : « Il y avait un véritable manque de formation dans le pays. Tous ceux qui voulaient apprendre les trucs et astuces du métier comme moi, devaient partir à l'étranger… »

Dix ans plus tard, la phrase tient toujours. C'est pour cette raison que la biographie de presque tous les cascadeurs belges comporte, quelque part, un séjour français.

Pourquoi tout le monde finit en France

La référence européenne est le Campus Univers Cascades, ouvert le 12 avril 2009 à Bias, dans le Lot-et-Garonne, et installé depuis juin 2017 au Cateau-Cambrésis, dans les Hauts-de-France. Le format y est public et facile à vérifier : un stage découverte de douze jours, et un cursus professionnel de dix stages de douze jours répartis sur deux ans, à raison de cinq stages par an, soit environ quatre cents heures.

Ce format explique beaucoup de choses. Il n'est pas compatible avec des études à temps plein. Il n'est pas compatible non plus avec un emploi qui n'accepte pas douze jours d'absence tous les deux mois. Il suppose un logement sur place, des trajets, et une deuxième source de revenus pendant deux ans. La barrière à l'entrée n'est pas seulement physique, elle est logistique.

Ce qu'il vaut mieux savoir faire avant de partir

Personne n'arrive vierge dans un stage de cascade. On arrive avec une base, et la base se construit ici, en Belgique, gratuitement ou presque :

  • Un sport de combat pratiqué en club, avec des partenaires, pas seul devant une vidéo. Les registres professionnels étrangers demandent exactement cela : pour entrer au British Stunt Register, fondé en 1973, il faut six disciplines sportives attestées par des organismes indépendants, dont obligatoirement un art martial.
  • De la gymnastique au sol. Rouler, chuter, se réceptionner, savoir où est le sol quand on ne le voit pas.
  • De la natation, sérieusement. Le milieu aquatique revient plus souvent qu'on ne l'imagine, et la plongée est une aptitude à part entière.
  • Le permis B, et la conduite réelle, pas théorique.
  • Les langues. Une cascadeuse belge qui parle français, néerlandais et anglais travaille sur trois marchés. Sur un plateau flamand, une consigne de sécurité se donne en néerlandais.

Ce que ça coûte, en temps

Deux ans de cursus, plus le temps qu'il faut ensuite pour être appelé. Personne ne sort d'un stage avec un agenda rempli. La cascade se fait recommander de coordinateur à coordinateur, et la recommandation vient du plateau, pas du diplôme. Il faut donc prévoir la formation, puis prévoir l'après, et l'après est plus long que la formation.

Mon itinéraire, avec les dates

Je le donne parce que personne ne me l'avait donné.

  • Août 2023 : premier stage au Campus Univers Cascades.
  • Décembre 2023 : début du taekwondo, en club.
  • 2024 : retour au Campus pour le stage de sélection, puis admission au cursus long, six retenus sur vingt candidats.
  • 2024 et 2025 : le cursus, entre Le Cateau-Cambrésis, Paris et Bruxelles.

Entre les deux, il y a eu des tournages : des publicités où j'étais engagée comme cascadeuse, un court métrage où j'étais à la fois comédienne et cascadeuse, une saison de série en doublure. Aucun de ces jobs n'est venu de l'école. Tous sont venus de gens rencontrés à l'école.

Si vous ne retenez qu'une chose

La Belgique a de quoi vous entraîner et de quoi vous employer. Elle n'a pas de quoi vous former sur la durée. Tant que c'est vrai, le parcours belge ressemblera à celui-ci : on se construit ici, on se forme en France, on revient travailler des deux côtés. Ce n'est pas un handicap, c'est un plan. Il vaut simplement mieux le connaître avant de commencer, plutôt que de le découvrir à vingt-cinq ans.

Sources : La Libre, 23 août 2016 · Into Action · Campus Univers Cascades · Campus Univers Cascades sur Wikipédia

Disponible pour tournage